Nous revoilà partis de bonne heure pour à nouveau le Nord-Est de l’île. Nous n’allons pas au bout de la route comme hier mais nous nous arrêtons après 90 minutes et 40km dans l’ancienne capitale de la Martinique : Saint-Pierre. Cette petite bourgade d’à peine 4 400 habitants était il y a 114 ans encore la capitale économique, commerciale, politique et culturelle de la fleur des Antilles. Mais le jeudi 8 mai 1902, la Pelée entra dans une colère noire pendant 69 secondes et balaya ce qu’on appelait jusque là le « Petit Paris des Antilles » comme un vulgaire fétu de paille. Plus de 30 000 victimes dans ce qui fut l’éruption volcanique la troisième la plus meurtrière de l’Histoire de l’Humanité (pour vous donner une idée, à Pompéi, il n’y a eu « que » plus de 3000 morts).
La particularité principale de cette ville pour un automobiliste est qu’elle possède deux rues principales à sens unique : une pour rentrer et une pour sortir. Après s’être garé, nous trouvons facilement le départ du Cyparis Express, le petit train de Saint-Pierre à bord duquel nous allons découvrir la ville. On attend sagement 11h pour le départ, le guide s’installe à côté du chauffeur et c’est parti. Le guide est intarissable, il ne s’arrête de parler que pour respirer. Nous découvrons la ville avec ses commentaires d’experts, il nous retrace l’histoire de cette ancienne capitale au destin si tragique. À travers ses paroles, on se surprend à imaginer la ville au début du XXè siècle. C’est un véritable retour dans le temps qui nous est conté : chaque ruelle est illustrée d’une remarque, les places, la cathédrale, l’ancien théâtre… Tout y passe, les commentaires sont vivants et parfois surgit une pointe humoristique qui nous fait sourire, malgré la tragédie qu’a vécu cette ville qui était autrefois, le fleuron des Antilles, véritable perle des Caraïbes entourée d’une rade calme aux dégradés de bleu d’un côté, et « protégée » par la montagne Pelée de l’autre.
Les signes avant-coureurs avaient pourtant été nombreux : pluies de cendres, grondements sous-terrains, activité sismique, dégagement de gaz sulfureux… Un lahar (une coulée de boue) emporta l’usine Guérin (une usine sucrière) sous 6 mètres de boues brûlantes et coupa les réseaux télégraphiques. Mais les dirigeants politiques de la ville firent passer le message que « tout allait bien ». Quelques scientifiques avaient étudié ces activités et déclarèrent que Saint-Pierre encourait autant de risque avec la Pelée que Naples avec le Vésuve. Et comme le premier tour des législatives s’était mal passé pour les dirigeants en place, il était indispensable, pour se maintenir au pouvoir, que la caste riche de la population reste pour voter le 11 mai. Chose qu’elle ne put jamais accomplir. De plus, l’Ascension étant une fête populaire de grande envergure, elle attira nombre de riverains. Les communions qui allaient être célébrées allaient remplir les églises, les festivités avaient attiré du monde. Et les troupes interdisaient quiconque de quitter la ville sur ordre des politiques, dont le gouverneur de l’île.
Seuls trois personnes survécurent, bien que la légende urbaine ne consacre qu’un seul miraculé : le sieur Louis-Auguste Cyparis. Mais Léon Compère, un cordonnier, et Havivra Da Ifrile, une jeune fille, échappèrent aussi à la colère de la Pelée. Évidemment, c’est l’histoire de Cyparis que l’on retient, tant celle-ci est rocambolesque, digne d’un roman ! Grand amateur de ti-punch et de rhum en général, il était connu de la police pour son état d’ébriété presque chronique. Comme il était un habitué de la cellule de dégrisement, les forces locales décidèrent de le dégriser une fois pour toute. Mais celui-ci s’échappe pour se rendre à une fête où il finit ivre mort et se bagarre. Il écope alors de plusieurs jours de cachot, le 7 mai 1902. Il fut placé dans le cachot nord de la prison, dont les épais murs et l’aération à l’opposé de la Pelée le protégèrent à la fois de l’explosion, de la nuée ardente et des gaz toxiques. Son état d’ébriété avancé de la veille lui aurait permis, grâce à son presque comas éthylique, de devoir moins respirer et donc, comme il l’affirma plus tard « un ti-punch peut vous sauver la vie ». Il fut sauvé le 11 mai, par des pillards qui venaient mettre les restes de la ville à sac. En effet, la richesse de Saint-Pierre et l’annonce de la catastrophe attisa les voleurs pour venir dérober les richesses de la ville maintenant détruite. La plupart des coffres ne contenaient plus que des poussières de billets, mais les bijoux des femmes furent dérobés, parfois en sectionnant les corps.
Aujourd’hui, Saint-Pierre ne s’est toujours pas remise de ce cataclysme et l’activité y est assez faible. Un peu de tourisme mais notre guide nous confiait à la fin de notre visite qu’il n’était pas certain que le train de Cyparis serait encore présent l’année prochaine. Beaucoup viennent jeter un œil curieux aux ruines sans s’intéresser à l’histoire de cette ville… Et c’est dommage, car cette visite a mis en lumière non seulement l’aspect brutal et tragique de l’ancienne perle des Antilles, mais aussi permis de faire un véritable voyage dans le temps dans ce musée à ciel ouvert. C’est vraiment une visite magnifique qu’il faut faire si l’on vient ici, en Martinique.
Après tant d’émotions et nous avoir laissés près du cachot de Cyparis, nous sommes allés déguster un « féroce aux avocats », puis un colombo de poulet (quand j’dirai ça à ma femme !). Délicieux, surtout le « ti-vieux » au Depaz, le rhum de la distillerie bâtie sur les contreforts de la Pelée.
Ensuite, on a pris la route de la Trace et ses 298 virages (ce nombre est vrai, c’est pas inventé et non, je n’ai pas compté, faut pas pousser j’suis en vacances ^^). Après quelques tours, nous arrivons près de la cascade « Saut du Gendarme » que nous apprécions. L’air y est frais, mais les touristes nombreux. Une simple pause photo et l’on repart vers les # !?#$ bouchons de Fort de France, direction la piscine de notre hôtel pour parfaire notre bronzage. Déjà 14 jours que nous sommes sur place. Le temps passe vite.
That’s all Falks. Live Long And Prosper !





